Le regard vague, le pas aléatoire et l'haleine douteuse, je marchais le long des quais de Seine à la rencontre d'un taxi. La soirée était encore passée à une vitesse astronomique... aussi vite que je vidais mes verres de vodka, de whisky et de rhum... Le dernier métro ? Pas pour moi.

Il a été difficile de me résigner à quitter cette soirée. Non pas que l'ambiance n'aie été géniale, ni même que mes amis m'ont incité à rester. Non. Non, si je suis resté, c'est pour elle. Et au final, si je suis parti, c'est à cause d'elle.

Au début de la soirée, je ne ressentais pas encore le besoin de la voir, de la sentir. J'étais là avec des amis. Vous savez, le genre de soirée qui commence par des banalités à faire peur : "j'en peux plus de mon taf", "je ne supporte plus le métro", "la semaine prochaine je pose un jour de RTT", "j'espère que ce weekend il va faire beau"... AU SECOURS !!! Qu'est-ce qui nous arrive ? Comment peut-on être aussi aigri, aussi triste... aussi adulte à seulement 24 ans ??

Et c'est alors qu'elle est apparue, comme une évidence. Dès que j'ai posé mes yeux sur elle, je ne m'imaginais pas finir la soirée sans elle. Il y a encore quelques secondes, je me morfondais en parlant de ma vie tellement réglée, tellement terne. Mais maintenant, je sais qu'elle va tout changer. A vrai dire. Je ne la connaissais pas vraiment. Vous savez, c'est comme ce bouquin "Ainsi parlais Zarathoustra". J'ai l'impression d'avoir toujours connu ce livre alors que, honnetement, je suis incapable de savoir de quoi ça parle et quelles sont les émotions que ce livre procure. Elle, c'était pareil. Je savais qu'il me la fallait mais je ne savais pas encore quel impact elle aurait sur moi.

On me l'a présentée. On me dit qu'elle est géniale, que c'est une vraie tornade en soirée. Notre premier vrai tête à tête pendant cette soirée s'est déroulé sous les yeux et les encouragements de mes amis. J'avais la gorge nouée et une énorme bouffée de chaleur, autant dûes à la pression de l'assistance que à l'imminence de notre premier contact...

Ca y est, au bout de 10 minutes, nous ne formions plus qu'un. Grâce à elle, je me sentais fort, à l'aise. Elle m'a mis en confiance. Grâce à elle, la soirée a été une suite de moments féériques, de moments passionnés. Elle me faisait danser. Elle m'entraînait dans des conversations et des envolées lyriques mémorables.

Et puis, au fil des heures, je l'ai sentie distante. Elle s'échappait de moi... Et plus elle s'éloignait, plus mon assurance et mon énergie m'abandonnaient... jusqu'à ce qu'elle me quitte complètement, pour me laissr totalement hagard, à déambuler dans les rues, à la recherche d'un taxi.

Alors que les premières lueurs du jour apparaissaient, je me suis posté là, devant la vitrine d'un vieux libraire. Et je l'ai vu, sur un rayon, anonyme parmi des centaines d'autres livres. Elle m'avait laissé un signe. "Ainsi parlait Zarathoustra". Tout comme ce bouquin, elle m'était inconnue. Tout comme ce bouquin, elle m'avait toujours attiré. Tout comme ce bouquin, elle fait partie de ces expériences qui nous impliquent. Mais elle, maintenant je la connais, je sais quels sentiments elle m'inspire. Je sais que si je ne fais pas attention, elle me sera indispensable.

En une soirée, je l'ai découverte, je l'ai aimée, elle m'a envouté et à la fin elle m'a quitté. Ca me fait tellement mal, elle me laisse dans un tel état.

Le lendemain, je vais à la librairie acheter un exemplaire d'Ainsi parlait Zarathoustra. Pffoouu, 800 pages.. au moins, pendant que je lirai ce livre, je ne penserai plus à elle, elle, cette petite dose de cocaïne.